BILAN
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Après avoir été un slogan de campagne électorale, c'est devenu le tube de la rentrée: il faut tra-vail-ler-plus. Pour augmenter le pouvoir d'achat, pour sortir de la pauvreté, pour financer les retraites... Eh bien non, justement, pour les retraites, ça ne marche pas. C'est ce que montre le bilan de la loi de 2003 que vient de dresser le Conseil d'orientation des retraites (COR). L'allongement de la durée de cotisation était censé financer les retraites, c'est-à-dire permettre, dans la novlangue libérale, de maintenir le niveau des pensions en cotisant plus longtemps. Mais les salariés partent toujours aussi tôt. Et pour cause: 60% d'entre eux ne sont plus dans l'emploi quand ils atteignent 60 ans. Difficile de travailler plus quand on n'a pas de boulot. Bref, allonger la durée de cotisation est une façon déguisée de baisser le niveau des pensions.
Plus profondément, c'est la logique implicite de ce raisonnement qui est perverse. Le débat sur les retraites permet précisément de prendre le recul nécessaire pour sortir de cette équation sommaire selon laquelle on gagne a priori plus en travaillant trois heures que deux. Que disent les scénarios officiels que personne ne conteste ? Compte tenu des gains de productivité, il faudra travailler environ deux fois moins dans quarante ans pour produire autant qu'aujourd'hui. On pourrait donc diminuer la durée du travail par deux ou travailler six mois dans l'année au lieu de douze: n'est-ce pas une bonne nouvelle ? Bien sûr, il faudra financer les retraites. Pour cela, il faudrait travailler environ un mois et demi de plus. C'est beaucoup. Mais à ce prix-là, on pourrait revenir sur les réformes dévastatrices de ces quinze dernières années, qui programment un appauvrissement considérable des retraités.
Faut-il travailler encore davantage ? Cela demande réflexion. Travailler encore plus, peut-être. Mais pour qui et pour quoi ? Travailler plus pour sortir les pauvres de la misère ? C'est un objectif sur lequel on peut s'entendre. Et d'ailleurs, cela ne coûte pas si cher: avec une à deux semaines de travail supplémentaires, on peut y parvenir. On arriverait donc, en finançant les retraites, à travailler environ huit mois dans l'année. Faut-il travailler encore plus pour faire monter les cours de Bourse, pour doubler des salaires de dirigeants déjà exorbitants ou pour que chaque salarié puisse s'offrir une Rolex ? Pas sûr que cela en vaille vraiment la peine. Voilà, en tout cas, un débat d'après campagne qui pourrait revigorer notre démocratie.
Il y a quelque chose de paradoxal à soutenir, comme tous les "bien-pensants", que la pénibilité du travail doit devenir la base du calcul de la durée des cotisations, et à condamner dans le même temps les régimes spéciaux de retraite qui sont l'incarnation de ce principe. Dans les régimes spéciaux, qui concernent moins de 5 % des salariés, la durée de cotisation donnant accès à une retraite à taux plein est encore de 37,5 annuités, le taux de cotisation salariale est en général plus faible, mais le taux de remplacement est moins avantageux que dans le régime général.
Le régime spécial des cheminots, plus que celui des parlementaires, est la cible la plus visible du Premier ministre. Le taux de remplacement de la pension d'un non-cadre est pourtant de 61 % du salaire chez les cheminots, inférieur au taux de 71 % du régime général.
À la SNCF, bien que le calcul de la pension s'opère sur les six derniers mois, contre les vingt-cinq meilleures années dans le secteur privé, ce taux de remplacement inférieur est dû au fait que les pensions des cheminots sont calculées à hauteur de 88 % de leur rémunération alors que le salaire intégral est la base de calcul dans le secteur privé.
D'autre part, l'âge de départ à la retraite est fixé à 50 ans chez les agents de conduite (et 55 ans chez les sédentaires). Aucun cheminot ayant débuté à 18 ans ne parvient donc à cotiser 37,5 années pour toucher une retraite à taux plein. Contrairement à d'autres régimes spéciaux, le taux de cotisation salariale non cadre est même plus important que dans le régime général ; il est de 7,85 %, contre 6,55 % pour le régime général. Le taux de cotisations patronales, de 26,4 %, est plus important que celui du régime général, de 8,2 %.
Le principal problème d'un régime spécial de ce type tient dans la faiblesse du rapport entre actifs et inactifs. À la SNCF, un actif finance deux retraités. Les projections du Conseil d'orientation des retraites indiquent cependant que d'ici à 2040, le ratio pourrait être de un pour un (en raison de la baisse du nombre de pensionnés) et que l'équilibre financier serait assuré dès 2020.
D'ici là, les cotisations ne suffiront pas à couvrir le financement du régime. Les syndicats accepteraient vraisemblablement de négocier une augmentation du taux de cotisation salariale, mais les cotisations sociales représentent seulement 38 % du financement du régime. La compensation opérée par le régime général représente 11 % et l'État finance les 50 % restants.
À cet égard, abolir ce régime spécial ne réglerait pas pour autant le problème. Cela reviendrait à transférer vers le régime général la charge de financement des retraités de la SNCF. Il faudrait alors demander aux agents de la SNCF de cotiser plus longtemps. Mais ce serait aller à l'encontre de la prise en compte de la pénibilité du travail dans la définition des durées de cotisation. C'est oublier d'autre part que les retraites ont été un moyen de moderniser l'entreprise sans licencier.
DRAMATISATION À OUTRANCE
De nombreux métiers, tels que les gardes-barrières, ont disparu, des gares et des lignes ont été fermées, et les gains de productivité recherchés avec l'informatisation et l'automatisation des guichets se sont traduits par des suppressions de postes, invisibles dès lors qu'ils prennent la forme de départs à la retraite autour de 54,1 ans en moyenne. L'allongement de la durée de cotisation n'y changerait rien.
Dans le secteur privé, l'âge moyen de départ à la retraite est resté à 57,5 ans, malgré la réforme Balladur, car les entreprises remercient leurs seniors pour réduire leurs coûts salariaux (les seniors ont des salaires plus élevés et une productivité présumée plus faible que les nouveaux entrants...). Dans ces conditions, à la SNCF, où les efforts de productivité et de minimisation des coûts sont aussi de mise, l'allongement de la durée de cotisation reviendrait, comme dans le secteur privé, à écarter un nombre croissant d'agents âgés du bénéfice d'une retraite à taux plein, dont le montant a déjà été raboté par la modification de sa base de calcul.
Si la durée de cotisation était portée à 40 annuités, la pension moyenne d'un cheminot que la SNCF ferait partir entre 50 et 55 ans serait réduite de 10 % !
La dramatisation à outrance du dossier des régimes spéciaux, jouée par François Fillon, pourrait provoquer un conflit hautement symbolique, digne de celui par lequel Margaret Thatcher vint à bout de la grève des mineurs. Leur défaite avait ouvert la voie à dix ans de néoconservatisme, auxquels succéda le blairisme, en guise d'alternance...
On ne s'étonnera aucunement que certains "modernisateurs de logiciel socialiste" n'aient "aucun tabou" à accepter l'alignement des régimes spéciaux sur le régime général hérité des réformes réalisées par Balladur puis Fillon en 1993 et 2003, imposant aux salariés de cotiser plus pour gagner moins. Le Medef en profite déjà pour réclamer un recul de l'âge de la retraite pour tous les salariés.
Après le passage de Sarkozy à la télévision, je ne peux pas m'empêcher d'écrire. Encore une fois, il a été très fort dans la communication. Quelle mauvaise foi à propos des régimes spéciaux et de la Sécurité sociale. À écouter ses propos, ce sont des privilégiés !!! Certes, ils ont un "avantage", le départ après 37.5 ans de cotisation, mais ça s'arrête là, surtout qu'ils le payent (voir tableau)... Par contre, pas un mot sur les députés. Voici quelques infos trouvées sur un des régimes spéciaux, les cheminots :
| | Régime général | Régime SNCF |
| L'âge moyen de départ à la retraite | 57.6 ans | 55.1 ans |
| Taux moyen de la pension | 73% | 63% |
| Montant moyen de la pension | 1590 € | 1494 € |
| Montant des cotisations retraite | 29% | 41% |
| Montant de la pension de réversion | 75% | 50% |
| Bonification en temps par enfant | 2 ans | Rien |
| Possibilité de préretraite | OUI Financement UNEDIC / FNE | OUI Financement SNCF |
| Retraite Complémentaire | OUI | NON |
Répartition de la contribution généralisée :
- SNCF 0.21 %
- Artisans 7.05 %
- Commerçants 14.38 %
- Agriculteurs de 69.39 %
En plus de ses informations, voici un extrait de l'article "la réalité contre les idées reçues" du quotidien "Le Monde" (18/09/2007) :
L'exemple de la retraite des cheminots témoigne que leur situation est loin d'être si avantageuse. Il y a quelque chose de paradoxal à soutenir, comme tous les « bien-pensants », que la pénibilité du travail doit devenir la base du calcul de la durée des cotisations, et à condamner dans le même temps les régimes spéciaux de retraite qui sont l'incarnation de ce principe. Dans les régimes spéciaux, qui concernent moins de 5 % des salariés, la durée de cotisation donnant accès à une retraite à taux plein est encore de 37,5 annuités, le taux de cotisation salariale est en général plus faible, mais le taux de remplacement est moins avantageux que dans le régime général.
Lisez l'article en entier, très instructif...
Un peu plus, je sortais le mouchoir à écouter notre président... Mais pas un mot sur les revenus exonérés de cotisations sociales (Stock-options, etc.). De l'argent, il y en a, mais il va falloir appliquer la rupture tant appréciée par Sarkozy. Bien sûr, taxer n'est pas la seule solution, le contrôle des dépenses, dans tous les sens du terme, est très important.
Comme d'habitude, l'équité va s'obtenir par la régression sous prétexte qu'il n'y a plus d'argent. Nos anciens doivent se retourner dans leurs tombes !
Après des mois de campagne électorale, le couperet est tombé, Nicolas Sarkozy Président de la République française. Je ne vous cache pas notre amertume même si on se doutait du résultat suite au matraquage des sondages.
Je n'arrive pas à comprendre le choix des personnes qui habituellement ne votent pas à droite. Qu'attendent-ils de Sarkozy ? Des fessées, des coups de pied au cul ? Les électeurs ont choisi un projet économique libéral dur de destruction massive au lieu d'un projet d'espoir et de négociations, même si le projet à Ségolène Royal n'était pas la panacée.
Hormis les fidèles de la droite, je pense que de nombreux électeurs se sont laissés "endormir" par les excellents discours démagogiques de Sarkozy sans s'intéresser aux analyses écrites d'experts dans diverses presses objectives. Comment peut-on être d'accord avec une politique du marche ou crève, de creuser davantage l'écart entre les "riches" et les moins "riches", de déréglementer le droit du travail en collaboration avec son frère n°2 du MEDEF et les libertés individuels, que va-t-il en faire ?
Pour finir, je ne peux pas m'empêcher de l'écrire, mais quelle indécence de voir Sarkozy fêter sa victoire au restaurant le Fouquet's. Nous ne sommes pas un paradoxe près venant de sa part... et ce n'est que le début.
Ouh, ça va mieux !!! Mais je le soupçonne de préparer un coup médiatique quelques jours avant le premier tour, histoire qu'on ne l'oublie pas lorsqu'il faudra mettre le bulletin dans l'urne. Et pour finir, j'utilise une phrase de notre président Jacquot "Le Libéralisme serait aussi désastreux que le communisme".